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«Que fais-tu là, Petula?», demandait la chanson en
1965, histoire d'un fantôme anglais, Mortimer Peabody, reprochant
d'abord à Petula Clark d'avoir embrassé la France, puis succombant
lui-même aux charmes des belles revenantes des Folies-Bergère. La
chanson est devenue le symbole de la carrière que mène en anglais et en
français la chanteuse depuis le début des années 60 (et son mariage
avec le producteur français Claude Wolff).
Son spectacle de samedi soir au Théâtre Maisonneuve
de la PdA reflétait parfaitement cette double vie, comme à chaque
passage au Québec, là où elle retrouve côte-à-côte le public franco de
ses années yéyé (ceux qui font «aaaah !» quand elle amorce Coeur
blessé) et le public anglo sa période Swinging London (ceux qui se
demandent quelle drôle de chanson est La Gadoue de Serge Gainsbourg et
attendent les succès mondiaux écrits pour elle par Tony Hatch, de My
Love à Don't Sleep in the Subway).
Évidemment, ces deux publics finissent par n'en faire qu'un, celui
de la Petula Clark épatante, pétillante et pétulante de ces deux
grosses heures d'extraordinaire showmanship (showwomanship ?). À
73 ans, dont 64 sur les planches -- Petula, «The Forces Girl», chantait
pour les troupes dans Londres bombardée ! --, la petite fille
devenue grande dame applique mieux que quiconque aujourd'hui les règles
du music-hall à la britannique. Art qu'on pourrait résumer en deux
mots : professionnalisme et naturel. Entendez : le
savoir-faire sans qu'il y paraisse. Petula sait toucher (en évoquant
tendrement «sa» chanson de Brel, Un enfant, cadeau du grand Jacques à
la naissance de sa fille Catherine), raconter une anecdote («I got to
dance with Fred Astaire... I was terrified !»), faire rire («There
is no silicone in this act !», clame-t-elle, en remontant son
bustier), se dépêtrer sans mal des hics d'une soirée (un monsieur
chantant trop fort dans le micro devient running gag) et, surtout, elle
sait donner le meilleur d'un répertoire presque trop riche.
Quand on a 43 titres au programme, il faut savoir les
agencer. Moi qui abhorre les pots-pourris, je les trouvais samedi
justifiés et savamment liés (surtout celui des années yéyé, de Prends
mon coeur à l'irrésistible Chariot). De fait, tout avait sa digne
place. L'hommage à Gainsbourg, le bouquet d'extraits de comédies
musicales (l'émouvante Tell Me It's Not True de Blood Brothers,
l'impressionnante With One Look de Sunset Boulevard), les chansons
inédites (dont l'excellente S.O.S. Mozart de Delanoé-Bécaud), la pop à
gogo des sixties (Sign of the Times, Colour My World), les titres de
gloire (C'est ma chanson, Downtown), le déroulement était enchantement,
et les interprétations constamment relevées (avec des trésors de petits
trucs pour éviter les notes désormais inaccessibles). Je vous le donne
en mille : nous sommes tous sortis comblés. En scandant le refrain
de Personne ne veut mourir... jusque dans les toilettes. Hantés par
Mortimer Peabody, il va sans dire.
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