Toujours Petula

 
Sylvain Cormier

LE DEVOIR

Le lundi 30 octobre 2000

Photo Jacques Grenier

Petula ClarkCharmê? Je l'êtais depuis l'entrevue. Fan? Je le suis depuis l'enfance, capable de chanter Don't Sleep In The Subway sur demande. Mais ravi, totalement heureux d'avoir vu et entendu Petula Clark sur scène? Seulement depuis samedi soir au Saint-Denis. Comme tout l'auditoire, qui a constatê en même temps que moi l'êvidence: l'interprète est grandissime, la femme a la soixantaine resplendissante, et l'individu est irrêsistiblement chouette.

Petula? Simplicitê, grâce and greatness au rendez-vous. Intelligence, sensibilitê et drôlerie itou. And common sense en plus. C'est voulu, les mots en anglais. C'est pour faire comme elle. Faut-il rappeler que Petula Clark fit carrière dans les deux langues officielles de chez nous, l'anglais et le français, qu'elle fut d'abord l'enfant chêrie du Royaume-Uni, puis la darling yêyê de la France, avant de devenir la mondiale Petula de Downtown au milieu des groovy sixties? Elle aurait pu nous fourguer un spectacle à l'amêricaine, surtout après un quart de siècle d'absence de la scène quêbêcoise, mais pas du tout: la presque totalitê des chansons - même les rêcentes - êtaient fully bilingual dans le texte. Jusqu'aux prêsentations qui bênêficiaient du même gênêreux traitement, sans qu'on n'ait jamais l'impression de doublage instantanê. She's a natural, quoi.

C'est le mot: Petula Clark est une sacrêe nature. Parfaitement à l'aise sur scène, drôlement dêgourdie et carrêment indêmontable, fût-ce par une robe mal attachêe qui l'abandonne en cours de pot-pourri: la Galloise fit un p'tit signe à l'habilleuse, laquelle arrangea l'affaire devant nous. «One of those funny things about the theater», comme dira la chanteuse dans un poème de son cru sur le monde des planches.

De fait, tout le spectacle êtait prêsentê comme un musical qui aurait eu Petula Clark pour sujet. Difficile d'imaginer plus habile façon de mettre en contexte plus de soixante ans de carrière (elle chantait pour les troupes «during World War II»): toutes les êtapes de son parcours devenaient autant de tableaux, où l'êquilibre entre anecdotes et chansons êtait idêal. Sêquence retrouvailles (Here We Are, Color My World), portion fillette (enregistrement tout crêpitant de Petula à la BBC Overseas Service, mis en perspective par Un enfant, de Brel), medley cinêma (extraits de Finian's Rainbow et Goodbye Mr. Chips), êpisode yêyê (Que fais-tu là, Petula?, La Gadoue, Chariot, Coeur blessê), voyage sixties (Sign Of The Times, I Know A Place, This Is My Song, Downtown), le spectacle n'oubliait à peu près rien d'essentiel, sans nêgliger le prêsent: les êchantillons des comêdies musicales Blood Brothers et Sunset Boulevard, rêcents ajouts au curriculum, ont au moins autant plu que les tubes.

Même sa version de Vivre (oui, celle de Notre-Dame de Paris) n'aura pas dêparê l'ensemble: j'en apprêciais Plamondon. Jusqu'à cet orchestre tout-Quêbecois dont elle connaissait chaque prênom, Petula Clark aura êtê à l'impossible hauteur de sa lêgende, se montrant prêcisêment à dimension humaine: accessible, charnelle et entière. Quite a dame, je dois dire.

©Le Devoir 2000